LES ELLES ONT DU COEUR
Chanson électronique

Paris, le 16 mai 2000 - Pénétrez dans l'univers étrange de "Pamela Peacemaker" (Inca/Emi). Vous y découvrirez une infirmière aux cheveux rouges, un peu fantasque, un peu héroïne de B.D. Véritable manga musical, ce troisième album des Elles aborde un virage électronique des plus convaincants.

 


Un opus qui s'ouvre par un long râle, celui d'une trompette sur un beat techno, comme une complainte. Celle de l'histoire de Pamela Peacemaker, personnage central de ce troisième album des Elles. Un quatuor de filles, né en 1992, originaires de Caen, et dont l'originalité restait jusqu'alors leurs textes faussement naïfs et le port du pyjama sur scène. Ainsi que de savoureuses reprises des Dalton de Joe Dassin ou l'incommensurable Made in Normandie de Stone et Charden.

 Trois ans après leur dernier album, Pascaline Herveet, la tête pensante des Elles, considère ce nouvel opus comme une "cassure" au regard des deux précédents. Même si l'univers du quatuor de filles basculait déjà vers le surréalisme, l'histoire de cette infirmière de bas étage, dans un bien étrange hôpital, sorte de Belle au Bois Dormant aux cheveux rouges du troisième type, qui fait des incursions d'une plage à l'autre de l'album, brouille sensiblement les cartes. Musicalement d'abord où la chanson lorgne du côté de la musique électronique avec ces nappes de synthés, grâce à un nouveau venu à la programmation et au sampling, Stéphane Diatchenko. Enfin si la voix toujours faussement enfantine de Pascaline, qui signe là textes et musique, décline souvent de drôles d'histoires dans lesquelles sexe et humour font bon ménage, les nouvelles technologies possèdent des vertus inspiratrices, à l'image du single Station Player. Une manière de prendre son envol.

 La cheftaine de ces Elles, nouvelle version, Pascaline Herveet (et fan de Nina Hagen) décode. 

C'est un concept finalement que ce personnage de Pamela, décliné dans tout l'album ?
Pascaline Herveet : L'histoire de cette infirmière du troisième type est née il y a deux ans. J'ai d'abord eu une image, celle de l'hôpital, des enfants-bulle... Sans jamais avoir été confrontée à ce monde, je suis très admirative des gens qui travaillent en milieu hospitalier. Quand la chanson a été écrite, je me suis attachée à ce personnage et j'ai décliné l'histoire de Pamela tout au long des quinze chansons. 


"My name is Pamela Peacemaker/Fille de rave, épouse X/à coups de BPM/Je chasse les enfants bulle..." Mais encore?
J'ai parfois du mal à en parler mais Pamela est une infirmière qui donne et reçoit beaucoup. Elle est à la fois très ouverte et fragilisée par tout ce qu'elle voit. A la fois, pin-up et clown, joueuse et perverse. Elle est assez extravertie, à cause de tout ce qu'elle vit avec les enfants-bulles. C'est un peu moi dans ce côté excessif.

 Un hôpital de fées peuplé de personnages tous aussi étranges...
Il y a monsieur Armand qui est un vieux monsieur proche de la mort... Pamela lui fait la promesse qu'elle ne le laissera pas aller jusqu'à l'indécence. Armand aime encore les femmes et s'il le pouvait, il irait faire la fête (il aimerait sûrement la techno !). Lorsque Pamela revient de ces fêtes, elle lui raconte ses soirées et lui donne des polaroïds de femmes qu'elle a prises en photo. Et puis les enfants-bulle sont jaloux du Player, qui est à la fois, le médecin, le pédiatre et l'amant de Pamela. Mais tout se finit en récréation.

 Fini les quatre filles en chemises de nuit qui reprenaient Made in Normandie... Les Elles deviennent Eux ?
Je suis allergique au ronronnement. Ce qui m'intéresse, c'est la vraie prise de risque, recommencer à zéro. De même qu'en tant que spectatrice, je suis en attente d'artistes qui me surprennent et qui me choquent. Maintenant, les Elles, ce sont deux garçons, Pierre Millet à la trompette et Stéphane Diatchenko aux machines, et côté filles Christine Lapouze au violoncelle et violon et Sophie Henry au piano. Et c'est très bien comme ça. 

Comment expliquez-vous votre succès sur scène ?
Les gens sont très sensibles aux textes, cela on le sait depuis quatre ans que nous tournons sur nos spectacles en acoustique. On s'est apprivoisé mutuellement. On a commencé à travailler pour la scène, le spectacle vivant, c'est tout ce qui m'intéressait. J'ai baigné très tôt dans l'ambiance du cirque (son père possède un cirque, implanté en Normandie, "Le cirque du Docteur Paradis"; ndlr), ou plutôt ce que l'on appelle le nouveau cirque, sans ou peu d'animaux mais où les disciplines de théâtre et de danse sont mêlées. En fait, j'aurais pu être danseuse ou comédienne, pour moi, c'est le même métier. Par contre, on n'est pas mieux accueilli à Caen qu'ailleurs, mais dans certaines villes du Sud, c'est le feu. 


Un virage vers l'électronique qui ne les a pas dérouté ?
On se demandait effectivement comment il allait accepter le virage de l'électronique. Mais la belle surprise, c'est que l'album était à peine sorti que les gens connaissaient déjà les paroles, on a pu le vérifier lors de notre concert parisien au Bataclan. Il y a eu un échange magique, c'est touchant et troublant de sentir le public avec vous si tôt sur un album si différent. Tout en sachant pertinemment que certains vont détester ce nouvel album parce qu'ils ne retrouvent plus la formule acoustique des Elles, ancienne version.

 Vous écrivez la musique, les textes, vous intervenez sur la mise en scène, assez perso non ?
Je suis plutôt chef... Et au sein du groupe, cela s'est toujours bien passé, il n'y a jamais eu de conflit entre nous. C'est vrai que j'ai monté Les Elles, il y a sept ans, plus comme un concept de spectacle vivant que comme un groupe. J'écris les textes ce qui explique que j'ai mes idées sur le visuel scénique mais je travaille depuis mes débuts avec la même illustratrice Anabelle Cocollos, qui a dessiné la pochette. 

Etait-ce un pari de mixer chanson et musique électronique ?
Oui, c'était d'allier ces deux styles qui paraissaient complètement opposés. Et mon grand plaisir, c’est de voir des gens dans mon public dont je sais qu’ils n'écoutent pas de chanson française... mais hantent plutôt les Technival. Pourtant, j'adore la chanson française, mais ce qui est paradoxal, c'est qu'avec l'arrivée de la techno, il y a un manque de textes, d'émotion par les mots. 

Vous touchez une catégorie de gens qui étaient à côté des mouvements de chanson réaliste ou de chanson rock ?
J'ai apprécié la techno lorsque je suis allée pour la première fois dans un grand rassemblement dans le sud de la France. J'y ai rencontré un état d'esprit semblable à ces mouvements des années 70, un peu alternatif. Avec ce côté désespéré et un renouveau de quelque chose. Effectivement, ce sont des jeunes que l'on ne retrouve que dans ces endroits. Tous un peu des Peter Pan en puissance... Je crois qu'on fait partie de cette génération, de ces enfants qui ne veulent pas grandir. J'aime ce monde de la nuit, de l'enfance avec c'est vrai ce côté monstrueux quelque part de l'enfant qui ne grandit pas. D'ailleurs l'auteur de Peter Pan (James Barrie, ndlr) était resté tout petit.

 Vous disiez que les Elles ne seraient qu'une étape dans votre vie... Et maintenant ?
Pamela Peacemaker, c'est déjà une nouvelle étape. Et très franchement, je voulais aussi changer de nom mais cela faisait beaucoup de choses en même temps, les musiciens, la maison de disques... Donc pourquoi ne pas profiter de la petite notoriété acquise des Elles ?

 Pascale Hamon