***Cette interview a été réalisée par le site www.paunet.net***
 

    Pamela Peacemaker (Inca/ Emi) est le nouvel album des Elles. C’est aussi un personnage haut-en-couleur, sorti de l’imagination (?) de Pascaline Herveet, rencontrée à l’occasion du festival des Musiques Croisées de Saint-Sever (40).
Auteur, compositeur et interprète, la jeune femme à la voix douce fait le point sur son groupe (à prononcer “les z’Elles”). Rencontre avec une artiste timide mais sans complexe.
 

    La ressemblance est frappante : cheveux rouges, allure dynamique et petit sourire en coin. Pas de doute, Pascaline Herveet et Pamela Peacemaker ont des choses en commun.Elle est née un jour chez moi, il y a deux ans. Pamela, la chanson, a été assez longue à monter. Il y a eu une grande marge entre l’écriture du texte et la sortie du disque, en mars 2000”, explique la chanteuse des Elles, “Mais c’est un personnage auquel je me suis attaché tout de suite et j’ai eu envie de construire tout l’album autour d’elle. Ce personnage évolue dans un univers qui m’intéresse : l’hôpital.” Un lieu fermé où se passent des choses exceptionnelles, où les sentiments sont exacerbés. Et Pamela Peacemaker retransmet toute la beauté et toutes les douleurs de ce qui peut se passer dans un hôpital. Pamela est infirmière “à l’hôpital des fées”. Un peu barbarella, un peu pin-up, un peu clown aussi parfois. Comme Mary Poppins, Pamela essaye d’amener un peu de bonheur aux gens.“Faut toujours qu’elle dise une connerie. On la regarde se marrer. Alors, elle s’en va en dansant. On dirait une folle mais c’est beau” (Noël). Pamela, c’est ça : un mélange et de multiples facettes. “J’étais attiré par l’image de l’infirmière” avoue Pascaline “J’aimais bien le mélange entre le fantasme que ça représente et la dureté de sa vie au quotidien. Je ne sais pas pourquoi Pamela est arrivée.

    C’est aussi lié à l’utilisation de l’électronique dans les chansons. Je cherchais un personnage qui amène cela. La techno, c’est une fête à outrance. Et je me disais que ce que vit une infirmière justifiait bien le fait de partir à fond dans la musique, de se vider la tête.” “Ce sont toujours des chansons réalistes... même si le format change un peut”. Pamela est une “fille de rave” qui sort en boîte pour s’éclater. Elle vit tout à cent à l’heure. Un peu triste aussi ? “Pas triste mais sensible” rectifie Pascaline
Herveet, “C’est quelqu’un de très sensible qui donne et reçoit beaucoup. Donc forcément, il y a des choses dures mais ce n’est pas vraiment triste. Pamela est consciente de la beauté des relations qu’elle vit avec les personnes qui l’entourent.” L’infirmière ressent ouvertement les choses dures mais il y a toujours l’humour et la tendresse. “Je ne voulais pas que tout soit morbide ou glauque. Pas du tout”, précise Pascaline, “Ce n’était pas cet aspect-là de l’hôpital qui m’intéressait.” D’où ce décalage constant avec l’aspect poétique et onirique. “C’est une ligne qui est là depuis le début dans les Elles”, estime la chanteuse, “J’aime bien emmener les choses dures de la vie en rêves.” Une façon d’en parler sans que cela devienne insupportable. “Je n’ai pas envie qu’un concert des Elles soit insoutenable de dureté”, prévient-elle, “Mais ce n’est pas pour cela que j’ai des tabous. J’ai vraiment envie de parler de tout et qu’on essaye d’amener de l’humour et de la poésie partout. On peut parler de n’importe quel sujet. Je prends toujours un peu repère sur ce que les enfants sont capable de vivre. Un enfant peut jouer en temps de guerre où quand ses parents lui tape sur le figure. C’est un âge où l’on est capable de voir de la beauté un peu partout.”

    Pamela Peacemaker est un album de chansons réalistes où les samples et les boucles techno sont omniprésentes. “Le personnage de Pamela demandait l’arrivée de l’électro. Au niveau des sons, mais aussi parce que j’en avais envie”, confesse Pascaline “Je pense que ce sont toujours des chansons réalistes même si le format change un peu.” Le groupe a connu quelques modifications : Stéphane Diatchenko (samples) et Pierre Millet (trompette) sont venus renforcer les rangs composés  de  Christine Lapouze (violoncelle, violon), de Sophie Henry (orgue, piano, accordéon) et Pascaline Herveet (chant). Voilà qui
met les choses au point pour ceux qui ne voyait dans les Elles qu’un “groupe de filles.”
 

Comédie musicale

    Trois filles, deux garçons et un même personnage tout le long de l’album. “Jusqu’à présent, je racontais des petites histoires et je me mettais dans la peau de chaque personnage”, explique doucement l’artiste, “Là, il y a plus ou moins d’autres personnages, mais c’est Pamela qui dirige le tout.” Ce qui a nécessité un gros travail de rigueur et d’écriture. “J’ai été beaucoup plus lente que pour les albums précédents”, reconnaît Pascaline Herveet, “Se donner un sujet précis, comme ça, sans que cela devienne monotone ou que cela ronronne trop, c’était un peu compliqué.”
    Cet album est très différent des précédents et les Elles étaient un peu anxieux (et oui, selon la grammaire, les Elles sont anxieux...). Peur que le public ne les suivent pas, effrayé par les BPM. Mais le public des Elles a les oreilles larges et si quelques intégristes n’y trouvent pas leur compte (“Les Elles, c’était mieux avant”), le groupe fait toujours salle comble. Et les Elles tournent partout, du Bataclan à la petite salle de sport : “Tout ça n’a rien à voir avec l’importance ou la notoriété des salles”, scande Pascaline, “On peut être n’importe où et, tout à coup, il ce passe un truc magique avec le public. C’est tout l’avantage du spectacle vivant : il n’y a pas de règles. C’est vraiment un moment d’échange entre le public et l’artiste... et c’est magique. Il y a des moments où cela fonctionne et d’autres où ça ne fonctionne moins.”
    Sur scène Pascaline se confond avec Pamela ou l’Enfant-Bulle. Ou bien, c’est Pamela qui parle au nom d’autres personnages (“Armand”). Pascaline navigue pour ne pas se sentir enfermée dans ce rôle. Un premier pas vers quelque chose
qui ressemblerait à une comédie musicale ? “Oh oui ! ça me tente beaucoup”, avoue la chanteuse qui baisse la tête et rougit comme une enfant, “J’y pense même pour Pamela. Si nous avons le temps, à un moment donné, de revoir le
spectacle, j’aimerai vraiment le travailler dans cette ligne-là. La comédie musicale m’attire. J’adore ça !”
 

Eric Nahon
Merci à Fatima Bats de Radio Mont-de-Marsan